La réforme de la Curie romaine


Le pape François a rempli son contrat ! Sa méthode : des petits pas. Mais en voici un plus grand, coulé dans un document important, Praedicate Evangelium, Annoncez l’Évangile. Il s’agit d’une refonte totale de l’organigramme de la Curie romaine. Le cardinal Bergoglio avait été élu avec pour mission de la réformer. Ce 19 mars, il a signé la nouvelle constitution apostolique de cet appareil administratif au service du successeur de Pierre. Et justement, premier choc, elle n’est plus présentée comme un outil au service du pontife romain, mais comme un gouvernement « au service de l’Église et du monde ». Une inversion de regard, donc : L’Église regarde le monde dans lequel elle vit et non plus sa propre organisation. Non plus une papauté autocentrée, mais extravertie ! Un détail ? Je ne crois pas. Un décentrement.

Cette Église, ce n’est pas le Vatican, mais l’ensemble des Églises de par le monde, des diocèses autrement dit. Il est demandé à la Curie d’être un outil de communion, d’assister et non plus de contrôler. En outre, le synode des évêques, ce rassemblement réguliers d’évêques, est pour ainsi dire mis sur pied d’égalité avec elle. Une fois de plus, la démarche est synodale : on fait route ensemble !

Depuis le début de son pontificat, on a pu remarquer que, dans les encycliques et autres exhortations apostoliques, François se plaisait à citer les évêques du monde entier et pas seulement ses prédécesseurs. Les conférences épiscopales ne sont désormais plus en position de subordination hiérarchique, mais considérées comme des partenaires à part entière du siège romain. Le pape opère une véritable universalisation.

Les 16 dicastères – ou ministères, dans notre langage habituel – sont désormais sur pied d’égalité, invités à travailler ensemble. Leur liste s’ouvre par une triade qui donne le ton : Pour l’Évangélisation, Pour la Doctrine de la Foi, Pour le service de la Charité, un petit nouveau ! L’évangélisation passe avant la Doctrine de la foi, jadis appelé Saint-Office. François, souhaite une « Église aux frontières », selon son expression favorite. Le pape lui-même, dans la nouvelle constitution, sera à la tête du premier dicastère –, celui pour l’Évangélisation, et aura autorité sur chacun.

La place des laïcs et notamment des femmes est ce qui marquera le plus. En effet, ces dicastères pourront être dirigés par des laïcs. Ce n’est plus le monopole de prêtres, évêques et cardinaux. L’Église se décléricalise. Ce qui compte, c’est la compétence et les qualités morales. Élémentaire, dira-t-on. On choisira, dit le document, des personnes « qui se distinguent par leur vie spirituelle, leur bonne expérience pastorale ». Tous les prêtres, religieux et religieuses qui seront nommés le seront pour un mandat de cinq ans, éventuellement renouvelable. Puis, ils rentreront dans leur diocèse ou leur institut religieux. Il ne s’agit plus de faire carrière à Rome, mais de rendre service.

François a-t-il maintenant terminé sa tâche ? Rentrera-t-il à Buenos-Aires ? Certains le disent. On verra. En attendant, les choses évoluent. Un Alléluia avant Pâques !

Charles Delhez sj