Mon ami Haddock
- Michel
- il y a 15 heures
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Charles Delhez sj —

Depuis que le capitaine Haddock est entré dans la vie et les albums du reporter à la houppe, on pourrait ajouter son nom au titre de la collection des aventures de Tintin. C’est particulièrement vrai dans Tintin au Tibet, le vingtième album.
Les péripéties incroyables du marin au long cours cachent souvent des leçons de vie. Ainsi, ce bouillant personnage, pantouflard et châtelain bien installé, n’est jamais prêt à se mettre en route, mais il finit toujours par faire la surprise de son changement d’avis. Aurait-il lu la parabole évangélique des deux fils, celui qui dit non à son père, mais qui va quand même à la vigne et celui qui dit oui, mais n’y va pas (Mt 21, 28-31) ? Son amitié pour Tintin finit toujours par avoir plus d’effet que ses réflexes auto-protecteurs. « Vous n’imaginez pas que j’allais vous laisser partir tout seul… », lance-t-il. « Et pas un mot de plus ou je reste ici », ajoute-t-il dès l’image suivante.
Mais il y a plus fort. Quand la situation se fait si périlleuse qu’il faudra peut-être qu’un des deux se sacrifie, c’est Haddock qui se propose. « Mieux vaut une seule victime que deux, non ? Coupez cette corde, Tintin ». Il s’agit de celle au bout de laquelle il se balance au-dessus d’un précipice. Tintin s’y refusant, le capitaine sort de sa poche un canif pour la couper lui-même, mais ses doigts engourdis laissent échapper le couteau. Ce sont souvent les circonstances qui font naître les héros.
Vers la fin de l’album, la scène avec les enfants qui saluent le capitaine en poussant la langue, selon la coutume locale, est instructive de nos manières de faire. Interprétant ce geste selon ses codes à lui, il répond par une autre grimace. Lors du départ, il veut montrer qu’il a bien compris leur manière de saluer et il tire la langue, mais l’enfant, lui, a retenu le pied de nez du capitaine et le lui fait. Vexé, notre marin, voulant leur donner une leçon de politesse, lui répond par un double pied-de-nez et d’autres grimaces car, je le cite, « ce jeune impertinent avait besoin d’une petite leçon de savoir-vivre ! » Souvent, ce que l’on reproche aux autres, on se le permet à soi-même.
Haddock a parfois besoin d’un petit adjuvant. On sait lequel. Cela lui permet de dépasser ses limites, mais la dive bouteille devient sa propre limite. Après avoir dépassé tout le monde, il finit par s’écrouler. Nos drogues et autres moyens de nous surpasser sont souvent des pièges.
Notons encore que le premier réflexe du compagnon de Tintin est toujours de croire que l’autre lui en veut. Ainsi, durant son voyage au Tibet, chaque fois que, ne regardant pas devant lui, il heurte un sherpa, il l’accuse de lui en vouloir. Sans doute un brin de paranoïa. Mais qui n’a jamais ce réflexe ?
Il n’empêche, malgré toutes ces aventures aussi rocambolesques les unes que les autres, il arrivera au bout du chemin en même temps que Tintin, même si son chemin aura été plus tortueux que celui des autres.
Cet album est à la gloire de l’amitié. Le meilleur moyen d’aller jusqu’au bout de soi-même est en effet d’être accompagné. Rappelons-nous la belle chanson du père Duval : « Seigneur, mon ami, tu m’as pris par la main. J’irai avec toi, sans effroi, jusqu’au bout du chemin. » Une double amitié donc dans cet album : celle de Tintin pour Tchang et celle de Haddock pour Tintin. L’amitié est le moteur de la vie, mille sabords !

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