Homélie du Dimanche 18 janvier
- Michel
- 18 janv.
- 7 min de lecture

Voir, Connaitre, Témoigner (Jean 1; 29-34 )
Ces 3 verbes reviennent à plusieurs reprises dans ce court passage de l’Évangile de Jean.
Ils nous parlent du cheminement intérieur de Jean Baptiste lorsque Jésus vient vers lui, cheminement qui débouche sur le témoignage !
Alors peut-être que ce cheminement nous invite aussi à un cheminement intérieur qui nous conduise de la reconnaissance intime de la présence de Jésus en nous par l’Esprit jusqu’au témoignage auquel nous sommes appelés et pour lequel nous sommes attendus.
1. Voir venir = la rencontre
Le texte s’ouvre sur cette rencontre entre Jean-Baptiste et Jésus:
« Jean Baptiste voit Jésus venir à lui. »Il le voit venir….cela pourrait rester une perception tout à fait ordinaire; Jésus s’avance, ils vont se saluer,- Mais cette fois-là c’est une véritable rencontre qui va se jouer, une de celles qui font vibrer, qui atteignent au plus profond de soi, qui bouleversent et qui parfois même font changer de vie !Il y aura ainsi dans l’évangile de Jean, comme dans les autres évangiles, plusieurs récits de ces rencontres avec Jésus qui ont bouleversé la vie de ceux qui ont été rencontrés: la samaritaine, par exemple, Bartimée l’aveugle qui mendie à la porte de Jéricho, le paralytique porté par 4 amis, Zachée le collecteur d’impôts et d’autres encore.
A chaque fois, la rencontre a été bouleversante au point d’emmener ceux qui étaient rencontrés sur une route nouvelle à la suite de Jésus : Bartimée recouvre la vue et se met à suivre Jésus sur le chemin; le paralytique se lève, prend son brancard et s’en va glorifiant Dieu, Zachée va partager.
Ici, cette rencontre de Jean-Baptiste avec Jésus fait basculer Jean-Baptiste de la simple vue à la reconnaissance de qui est Jésus et de ce qu’il est venu faire pour le monde c’est à dire pour nous; cette rencontre agit comme une révélation et conduit Jean-Baptiste à ce témoignage : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
Dans ces quelques mots que nous entendons à chaque eucharistie, Jean- Baptiste dit à la fois : Jésus messie , Jésus humble serviteur, serviteur souffrant comme l’annonçait le prophète Isaïe, Jésus libérateur, Jésus sauveur, Jésus qui vient réconcilier le monde avec Dieu, Jésus qui apporte la paix.« Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
2. Que s’est-il passé en lui pour que cette révélation soit si évidente qu’il en témoigne aussi fortement ?
Jean-Baptiste va nous faire partager son cheminement intérieur un peu comme dans une autobiographie :
« Après moi vient un homme qui m’a précédé car il était avant moi. »
Ici, Jean Baptiste se voit comme le phénomène d’un instant, une époque dans l’histoire, un maillon dans la chaine des événements qui se succèdent. Ses paroles et ses actions sont précédés par un Autre infiniment plus grand que lui et elles pointent vers un autre horizon, un après qui ne lui appartient pas.
Et son existence et sa mission puisent alors tout leur sens dans le témoignage qu’il pourra donner de la rencontre avec cet Autre qu’il a la grâce de connaitre ici et maintenant, dans sa vie
3. Connaitre ou reconnaitre ?
A 2 reprises dans le texte, Jean Baptiste nous dit en parlant de Jésus: « je ne le connaissais pas »Or, nous savons par les récits dans l’évangile de Luc que Jésus et Jean Baptiste étaient cousins, leurs mères Marie et Elisabeth étaient très proches; on imagine donc bien que Jean-Baptiste connaissait Jésus.
Mais jusque-là il n’avait pas eu la révélation dans cette connaissance.La rencontre avec Jésus, à ce moment-là, a permis le passage de la simple connaissance à la connaissance au sens biblique du terme :connaitre veut dire: ressentir profondément, entrer en relation intime, être touché par, être bouleversé même peut-être, être déplacé, mis en mouvement.
Jean Baptiste jusqu’à ce jour ne connaissait pas Jésus en ce sens-là.Il a vu Jésus venir à lui et il a vu aussi l’esprit descendre sur Lui et demeurer.Et la Parole qu’il avait reçue a pris sens ; « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptisera d’Esprit Saint. » Cette parole l’a traversé et l’a rejoint :La Parole qui précède et la Parole faite chair; la Parole qui rejoint et la Parole qui bouleverse: c’est le sens des premières lignes de l’évangile de Jean« Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu.En elle était la vie et la vie était la lumière des hommes »
Ainsi Jean comprend-il le sens de son ministère, lui qui baptise d’eau : il prépare la venue de celui qui baptisera d’Esprit parce que l’Esprit habite en lui et demeure en Lui.
Jean comprend sa place dans le projet de Dieu; Jean, en toute humilité vit ce ministère de passeur et de témoin mais il laisse toute la place à Celui qui vient.
Alors maintenant qu’il a vécu tout cela et qu’il a été touché par cette révélation, il confesse sa foi et il ose en témoigner.
Dans ce temps-là, comme d’ailleurs dans tous les temps et comme aujourd’hui encore dans bien des lieux et des situations, témoigner c’est difficile et c’est risqué.On sait bien qu’à toutes les époques et aujourd’hui encore, des témoins sont morts d’avoir osé témoigner.
Mais Jean-Baptiste a été touché au plus profond de lui et cela lui donne la force d’oser.Le courage de Jean-Baptiste consiste aussi à dire la vérité sur celui qui vient dans le monde. Jean-Baptiste annonce qu’en Jésus vient l’Agneau de Dieu.
Avec ce nom, l’évangile de Jean renvoie aux chants du prophète Isaïe qui parlent du Messie comme du Serviteur souffrant : celui qui porte nos fautes à notre place et meurt, semblable à un mouton que l’on mène à l’abattoir. Ce portrait d’un Messie humilié prend totalement à contrepied toutes les représentations triomphalistes.Et nous savons combien on attendait en Israël l’arrivée d’un roi libérateur du joug romain. L’image de l’agneau renvoie aussi bien sûr à l’agneau immolé lors de la fête de la Pâque qui fait mémoire de la libération du peuple hébreu de l’esclavage en Égypte.
Ainsi Jean annonce-t-il la présence d’un Dieu d’amour qui nous pardonne et nous libère de tout ce qui peut nous entraver, nous rendre prisonniers. Il ne changera pas les conditions de vie des peuples, mais il donnera à celui
qui lui fait confiance la force d’agir.
Et parce que dans la foi, nous sommes devant le mystère de Dieu,
l’évangile de Jean utilise encore une autre image pour désigner Jésus comme Messie : la colombe. Dans l’imagerie biblique celle-ci représente l’espérance d’une création nouvelle, quand nous pensons au récit du déluge (Gen 8, 11) ou encore l’amour, comme dans le cantique des cantiques (2, 14 et 5, 2) et la paix.
Les deux symboles : agneau et colombe, parlent d’un Messie humble et
pacifique qui apporte un salut perceptible seulement avec les yeux de la foi et un cœur ouvert et disponible.
Oui, vraiment, cela demande humilité et courage que d’être témoin d’un tel Messie !
3. Alors quels messages pour nous aujourd'hui dans ce récit ?Est-ce que le cheminement de Jean-Baptiste : voir, connaitre et témoigner pourrait être le nôtre aujourd’hui, là où nous sommes et tels que nous sommes ?
Voir : - Dans notre monde et dans nos sociétés avides de tout contrôler, de tout maitriser, y a-t-il encore de la place pour les rencontres inattendues qui changent tout ?Dans nos vies tellement remplies, tellement pleines… Pleines de bruit, de stress; d’occupations. Pleines de soucis et de souffrances ou pleines de joie et de projets aussiDans nos vies pleines à craquer, y a-t-il encore de la place en nous pour l’imprévu, l’inattendu, pour la rencontre qui change tout ?Sommes- nous assez disponibles en nous-mêmes pour la rencontre avec Jésus, celle qu’il nous offre toujours, lui qui nous a aimés le premier, qui nous attend et nous accueille tels que nous sommes ?
- Voir et connaitre ou reconnaitre :Saurons-nous discerner en nous-mêmes cet être que Dieu bénit, cette grâce et cette paix qui nous sont offertes et qui peuvent nous permettre de redresser la tête, de ressusciter et de changer de chemin ?
- Dans nos relations avec nos frères et sœurs, saurons-nous discerner ce qui vient de Dieu, ce qui est de l’Esprit, ce qui est plus grand que nous mais qui habite en celle ou celui qui est sur notre route et qui est un cadeau, une bénédiction pour nous ?
Je vois là une invitation à être à l’écoute d’une résonnance en nous-mêmes, une exhortation à sentir ce qui en nous et aussi en l’autre est créateur de vie.
Dans les circonstances de la vie même les plus ordinaires se manifeste cette force de vie qu’est l’Esprit : un regard, un geste, un sourire, un moment vécu, un partage, une prière…à nous d’ouvrir nos coeurs pour discerner ce qui nous est offert de vivre dans l’Esprit.
Qui que nous soyons et tels que nous sommes, chacun de nous porte en lui quelque chose de l’Esprit, de ce souffle vie insufflé par Dieu et qui fait de nous ses enfants.
Voir, connaitre et témoigner.Et maintenant nous voici appelés au témoignage !Oserons-nous aller plus loin que notre discernement intérieur ?Oserons-nous dépasser le partage entre nous de la Bonne Nouvelle de l’Évangile ?Oserons-nous le dire, le manifester dans le monde où nous vivons et dans le contexte dans lequel nous nous trouvons ?
- Le Seigneur ne nous attend pas pour un témoignage spectaculaire ou extraordinaire; il nous attend tout simplement là où nous sommes aujourd’hui, dans notre contexte de vie, prêt à manifester son amour et sa paix et à vivre de Son Esprit. Il y a tant et tant de manières de témoigner, même aujourd'hui dans ce monde déchristianisé.Chacune et chacun de nous porte en lui un ministère comme Jean-Baptiste en portait un; sans doute moins remarquable (ou exceptionnel), je vous l’accorde mais tout ministère a sa place et son importance.bien souvent, nous ne sommes pas conscient de ce que nous sommes appelés à faire; bien souvent aussi nous ne nous sentons pas capables ou pas légitimes pour ce que l’on nous propose de faire, dans le cadre de l’Église ou ailleurs comme forme de témoignage.Ou bien cela nous paraît trop lourd, trop difficile ou trop risqué.
Jean-Baptiste a été porté par ce cheminement intérieur qu’il a fait.Il a été porté par la Parole qui l’a traversé et rejoint, par La rencontre avec Jésus et par l’Esprit qu’il a discerné.
A nous aussi ce cheminement qui conduit au témoignage est possible :- La Parole qui a rejoint Jean-Baptiste est pour nous aussi, pour chacune et chacun de nous.- La rencontre avec Jésus nous est offerte, à tout instant de notre vie pour autant que nous soyons disponibles et prêt à la vivre.- L’Esprit nous est donné pour nous soutenir, nous guider, nous accompagner.
Puissions-nous oser porter témoignage chacun pour notre part, tel que nous sommes et là où nous en sommes car nous sommes attendus pour cela et le Seigneur compte sur nous !
Puissions-nous aussi oser, ensemble, porter témoignage de ce Christ qui est l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde car nous sommes tous enfants de Dieu et c’est ensemble que nous sommes l’Église du Christ.« Moi-même j’ai vu et j’ai témoigné que c’est lui, le Fils de Dieu » Alleluia, Amen !

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