Une histoire sainte
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Charles Delhez sj –

Chaque année, les dimanches de Carême, la première lecture, fait entendre un épisode de l’Ancien Testament. La Bible nous raconte l’histoire d’un peuple qui, malgré de nombreux pas en arrière, marche vers la Jérusalem céleste, vers des cieux nouveaux et une terre nouvelle (cfr Isaïe 65, 17). La religion judéo-chrétienne n’est pas une collection de vérités abstraites. Dieu se révèle dans l’histoire concrète des hommes. Jésus le fera comprendre aux disciples d'Emmaüs en « partant de Moïse et des prophètes » (Luc 24, 27). Dans l’histoire humaine, il y a une histoire sainte.
Non seulement la Bible nous raconte des histoires – toutes ne sont pas historiques pour autant – mais une histoire, celle de l’alliance de Dieu avec les hommes, ouverte sur un avenir. Dieu ne se donne pas à rencontrer dans des rites ou des dogmes, mais dans le déroulé de nos jours, au cœur même de l’histoire que l’humanité écrit au fil des siècles. « Dieu s’est révélé comme histoire », disait le pape François. La religion d’Abraham a quitté les sommets de l’Olympe, où tout est mythologie, pour entrer dans le cours des événements.
La Bible est une histoire d’interprétations successives, d’un livre à l’autre. Certains récits sont racontés plusieurs fois, et chaque fois autrement, avec une interprétation différente. On pourrait aussi faire l’histoire des traductions de l’hébreu au grec, puis au latin, puis dans notre langue. Chaque traduction est au carrefour des précédentes, profitant de l’apport de chacune.
Cette histoire se raconte selon les connaissances scientifiques et historiques de son époque. Aux croyants modernes de continuer à l’interpréter en fonction de l’évolution culturelle, sans pour autant trahir le sens profond mis en lumière par les exégètes. Ainsi, comprend-on aujourd’hui les textes de la Création d’une autre façon qu’avant la théorie de l’évolution.
Mais où donc va cette histoire ? La réponse n’appartient pas aux historiens. L’histoire est le monde des hommes, mais Dieu est au-delà. La Bible en effet nous invite à voir dans cette histoire une marche vers le Royaume de Dieu qui n’est pas de ce monde. Elle culmine dans la résurrection de Jésus, prémices de la nôtre : « Vous êtes ressuscités avec le Christ », rappellera Paul dans la lecture du matin de Pâques (Col 3, 1-4).
George Orwell, dans son célèbre 1984, nous présente une dystopie, une histoire qui évolue mal. La Bible, quant à elle, est une utopie. Jésus est sorti de notre histoire pour rejoindre Dieu, sans nous abandonner pour autant. En lui, notre histoire humaine a atteint son sommet. « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu », dit Jésus à Thomas. Cette heureuse fin n’est en effet pas encore pleinement advenue pour nous, mais nous sommes en route, elle germe déjà dans nos vies.
Le temps est supérieur à l’espace, répètait François. L’espace est ce que nous cherchons à posséder (comme la Russie qui envahit l’Ukraine). Le temps, lui, nous constitue. L’histoire que Dieu tisse avec nous ne va pas vers le néant. Elle fait partie de la grande histoire sainte qui, selon les mots du pape, « s’entrelace avec nos histoires ».
Les plus belles histoires ne sont-elles pas d’amour ? L’histoire sainte est précisément celle de l’amour qui aura le dernier mot en nous, comme il l’a déjà eu en Jésus. Le temps, dirait Éloi Leclerc, est la chance de l’éternel.

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