Appelés par notre avenir
- Michel
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Charles Delhez sj –

Avec l’Épiphanie, l’année jubilaire se clôture. Après avoir ressassé le thème de l’espérance, retomberons-nous dans l’anxiété et le pessimisme qui nourrissent nos conversations ? Ou entretiendrons-nous cette espérance que le pape François présentait comme un don et un devoir pour tout chrétien ?
L’espérance est un regard qui devine ce que l'on ne voit pas encore, le rai de lumière qui filtre sous la porte encore fermée et qui nous invite à l’ouvrir. L’'espoir, lui, est souvent décevant. L’espoir meurt et devient regret ; l’espérance demeure, elle ne déçoit pas. Quant au progrès que nous croyons toujours positif alors qu’il peut n’être, disait Jean Cocteau, que le développement d’une erreur.
L'espérance est un mouvement enraciné au plus profond de nous-mêmes. Il traverse nos espoirs déçus et ne se réduit pas à nos progrès technoscientifiques si fragiles et ambigus. Quelque chose nous dit que cela vaut la peine de continuer le chemin, malgré les démentis du présent. L'horizon reste prometteur pour moi et pour tous. Nous y croyons pas seulement en pensée mais en acte. Le philosophe Antonio Gramsci opposait au pessimisme de l'intelligence l'optimisme de la volonté.
Ce mouvement enraciné est orienté. À la fin des temps, Dieu pourra enfin dire que « cela était très bon », comme il le proclame dès la première page de la Bible. Et cet avenir s'annonce déjà dans le présent. Dans notre société dépressive, on ressasse les menaces, mais l'espérance nous invite à repérer les promesses, les premiers bourgeons, et à compter sur l'imprévisible.
L'histoire humaine est faite de ces événements que personne n'avait imaginés. Mais c’est à nous qu’il incombe, quotidiennement, inlassablement, de faire le tri parmi les menaces et les promesses « contenues dans les replis du présent » (André Gorz), sans oublier que ce tri, nous avons également à le faire en nous, car l’ivraie et le bon grain y sont aussi mêlés.
Le pessimiste voyage dans un éternel brouillard, l'optimiste découvre un horizon dégagé qui l'appelle à continuer le chemin. Nous sommes « appelés par notre avenir », selon la belle expression de Christine Pedotti. Et cette espérance dans un au-delà « contamine par avance la vie quotidienne », ajoute-t-elle. Dès aujourd'hui, en effet, je m'engage pour que l'avenir auquel je crois advienne et je tends la main vers d'autres qui partagent mon idéal.
« L’espérance est audace, lit-on dans Fratelli tutti du pape François. Elle sait regarder au-delà̀ du confort personnel, des petites sécurités et des compensations qui rétrécissent l’horizon, pour s’ouvrir à de grands idéaux qui rendent la vie plus belle et plus digne. » Sans audace, en effet, le monde sera toujours du pareil au même.
« Lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité », a pu dire un artiste (F. Hundertwasser). Il ne s'agit pas de naïveté ni de spéculation philosophique, mais d'un engagement : je m'engage avec audace et sans craindre les changements nécessaires. Pour recevoir le vin nouveau, dirait Jésus, il faut préparer de outres neuves. Dès lors, au seuil de l’an nouveau, posons-nous la question : qu’y a-t-il eu de neuf dans l’année écoulée ? Que pouvons-nous faire surgir de neuf dans cette nouvelle année que je vous souhaite bonne, sainte et heureuse.

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