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À propos des saints

  • Michel
  • 20 janv.
  • 2 min de lecture

Charles Delhez sj —


Prenons un cas actuel, celui du père Arrupe. Le procès de béatification de cet ancien supérieur général des jésuites est en cours à Rome. Or, à Philadelphie, un autre procès se déroule, celui d’un prêtre jésuite qui s’est révélé être un prédateur sexuel, qui sera finalement renvoyé de l’Ordre On reproche au père Arrupe de ne pas s’être opposé à l’ordination sacerdotale de ce confrère. Mais était-il même au courant ?

À l’époque, les supérieurs s’appuyaient souvent sur des évaluations psychologiques et minimisaient le risque de récidive. Les médecins croyaient que les délinquants pouvaient être réhabilités grâce à une thérapie comportementale aujourd’hui discréditée. Ce qui, de nos jours, apparaît comme un manque de prudence était autrefois pratique courante.

Alors même qu'il n’y a pas de trace d’une intervention du père Arrupe en faveur de l’ordination du jésuite, les avocats de la partie civile demandent de mettre fin à son procès de béatification. La sainteté, argumentent-ils, exige non seulement la fidélité aux normes d’une époque donnée, mais aussi une extraordinaire clarté de conscience. Certes, mais jusqu’à quel point ? « Un héros nous donne l’illusion de dépasser l’humanité, le saint ne la dépasse pas, il l’assume », répond Bernanos.

Les sociétés progressent lentement. De nos jours, la question des abus est prise dans toute son ampleur, elle est traitée en terme de crime et non plus seulement comme un  péché aisément pardonnable, et c’est heureux. Mais peut-on exiger que quelqu’un soit à ce point en avance sur son temps ? Le père Arrupe était un devancier dans l’accueil des réfugiés, a fondé le service jésuite des réfugiés. Pouvait-il être à la pointe de tous les combats ?

« N'imitez pas les saints, le diable vous ferait imiter leurs défauts », disait saint Jean de la Croix, sans savoir que lui-même un jour deviendrait saint ! Bernadette Soubirous, la petite voyante de Lourdes, souhaitait « qu’on dise les défauts des saints, ce qu’ils ont fait pour se corriger ; cela nous servirait bien plus que leurs miracles et leurs extases ». J’imagine que saint Augustin, tout converti qu’il fût, n’avait rien perdu de son caractère qui, comme celui de tout humain, ne devait pas être parfait. Quant à saint Jérôme, traducteur de la Bible en latin, il était réputé pour ses colères. « C’est possible de devenir saint avec n’importe quel tempérament », écrivait le cardinal Danneels à propos du père Damien, homme pas toujours facile à vivre, semble-t-il. Un saint n’est pas toujours sage comme une image !

Les saints sont également marqués par leur époque. Ainsi, saint Dominique, fondateur des Dominicains, mena la croisade contre les Albigeois. Saint Thomas d’Aquin, grande référence philosophique et théologique, a influencé l’Inquisition par sa pensée, sans pour autant y être directement impliqué. C’est que, en ces temps-là, la hiérarchie des valeurs n’était pas la même qu’aujourd’hui. Peut-on en effet exiger qu’un saint transcende son époque ? Sommes-nous capables de transcender la nôtre ?

Malgré ses imperfections et erreurs, l’Église continue à porter de bons fruits et à se trouver de nouveaux visage de sainteté, celui de Carlos Acutis, par exemple. Sans doute, y aura-t-il toujours de l’ivraie dans le champ, mais cela n’empêche pas le bon grain de mûrir. Ne réduisons pas tout aux mauvaises herbes.


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