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Un Carême en vue de Pâques


Charles Delhez sj –

Le Carême. Un mot qui donne grise mine. Vivement qu’il soit fini ! Que la couleur violette, si peu joyeuse, soit remplacée par celle de Pâques, d’un blanc si lumineux. Mais trêve de plaisanteries ! Nous sommes loin des rigueurs du Carême d’antan ou de celui  des orthodoxes, ou encore du Ramadan.

Jadis, dans les temps de pénurie, à la simplicité quotidienne, on ajoutait l’ascèse pendant 40 jours. Aujourd’hui, en temps d’abondance – pas pour tous, cependant –, se rappelle-t-on encore la signification de ce mot ascèse ? Sans doute que non. Nous avons seulement gardé le carnaval, temps d’excès contrôlés qui préparait  à une reprise en main !

Ascèse, qui vient du grec askèsis, « s’exercer », désigne toute méthode ou tout effort pour se perfectionner dans le domaine spirituel. Ainsi le jeûne, l’abstinence de viande ou autres modérations. « L’ascétisme, c’est l’entraînement à vivre l’essentiel », disait le Père Léon, fondateur de La Poudrière, à Bruxelles. Saint Paul développe l’image de l’entraînement des sportifs. « Tout athlète se prive de tout ; mais eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous une impérissable », écrit-il aux Corinthiens. On sait les privations des footballeurs ou des cyclistes pour nous offrir un beau spectacle, mais non sans compensations, il est vrai !

Lors du premier dimanche, le chrétien est invité à se convertir « de fond en comble », selon les trois dimensions de son être: le rapport aux choses, aux autres et à Dieu. Le désert, où tout est dépouillé, nous rend lucides. Il nous recentre sur l’essentiel. En ce lieu symbolique, Jésus a rencontré ces tentations présentes aussi en nous et y a répondu par la négative. La croix s’y annonce déjà. Au désert où il est poussé par l’Esprit, Jésus a dit non au matérialisme, cette exacerbation de l’avoir. C’est par fidélité à la Parole qu’il a proclamée au nom de Dieu qu’il mourra. C’est en refusant le pouvoir, sinon celui de l’amour, qu’il sera crucifié par les autorités. C’est en faisant confiance à Dieu jusqu’au bout, en refusant de descendre de ce gibet, qu’il sera élevé auprès de Dieu. Il est ressuscité.

L’évangile du mercredi des Cendres offre trois points d’attention, trois démarches présentes dans toutes les religions pour nous aider sur ce chemin de conversion : l’aumône, la prière et le jeûne. Disons-le autrement : la solidarité, l’intériorité, la simplicité. Une triple rime riche ! Osons le geste fraternel, le voyage intérieur, le jeûne parfumé !

Jésus nous invite en effet à la solidarité, à l’entraide, sans tambour ni trompette, à l’aumône gratuite, si différente de notre win-win habituel. Il nous invite à visiter notre intériorité. Pour le croyant, elle est habitée : au fond de sa chambre, il se retrouve dans l’intimité du Père des cieux. Il nous invite encore à la simplicité, la modération joyeuse, car trop de biens nous étouffent et tuent les liens.

Le Carême n’est pas un temps où l’on tourne en rond. Ce n’est pas l’ascèse pour l’ascèse, la recherche de la performance, le désir de se surpasser pour être fier de soi.  Pâques demeure à l’horizon. La marche est orientée. Celui qui a choisi Dieu au désert a été accueilli par lui pour l’éternité. Il est ressuscité. Les cloches sonneront à nouveau durant la nuit Pascale. L’Alléluia retentira de plus belle !

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