Travail de sape ?


Cela se dit dans les conversations privées. Pourquoi ne pas le dire publiquement ? Le travail de sape se poursuit en Belgique, lentement mais sûrement. Sans violence, à petits pas. Une minorité très influente s’en prend depuis des années à la culture judéo-chrétienne de notre pays. Un petit exemple : le changement de vocabulaire imposé. On ne dit plus congé de Toussaint, mais d’automne, on ne peut plus parler de vacances de Noël, mais d’hiver. Mais comment les gens nommeront-ils le réveillon familial du 24 décembre ? Certes, une culture évolue, mais pas à coup de directives ministérielles.

Hélas, les exemples sont multiples. Pensons au détricotage bioéthique. La Belgique se vante d’être à la pointe du progrès. Ainsi pour la loi sur l’euthanasie des mineurs, votée alors qu’il n’y avait eu aucun cas, et qu’ils se comptent encore aujourd’hui sur les doigts d’une main…

Le dernier coup ? La proposition de mettre les cours de religion en option dans l’officiel, alors que seulement 17% des parents recourent à la possibilité d’en être exempté (ce qui était l’étape précédente). Déjà, dans l’officiel, une des deux heures avait été remplacées par le cours de philosophie et de citoyenneté. Et, bien sûr, les responsables des cultes ne sont pas auditionnés. Seul l’est le Centre d’Action Laïque.

Le cours de religion participe à la mission de l’école qui est de permettre aux enfants d’être des citoyens. Il est le lieu où se travaillent les questions de sens et de valeurs, socle sur lequel est bâti la citoyenneté. Ce cours apporte un complément de formation par rapport à ce que la famille peut donner. Les professeurs sont formés et continuent à se former pour que la religion reste en dialogue avec la société et avec la raison et ne tombe pas dans le conservatisme ou l’irrationnel.

Notre société est devenue pluraliste au niveau religieux. C’est une des conséquences de la mondialisation. Si la religion devient privée, le risque sera la juxtaposition de ces univers culturels. Un cours qui initie à ces traditions, permettant d’approfondir la sienne et de découvrir celle des autres en vue d’un dialogue vrai et enrichissant est donc plus que nécessaire. « Un enfant sans racine sera emporté par le premier vent contraire », craint le Rabbin Guigui. « Les cours de religion sont le dernier rempart à la radicalisation », estiment, quant à eux, les professeurs de religion

Sans doute, les religions connaissent la tentation de l’intégrisme ou du fondamentalisme, ou celle de la prise de pouvoir, mais la politique connaît celle de la dictature ou du libéralisme à outrance. Rien n’est jamais joué, dans aucun domaine. Ne peut-on cependant faire le pari, à propos de la religion, qu’une bonne éducation permettra de ne pas tomber dans ces travers ?

Deviendrions-nous une société sans âme, sans religion ? Sans doute, mais cela ne correspond heureusement pas au vécu des gens, plus religieux qu’on ne veut bien le croire. En francophonie près de 60% des familles font le choix d’une école secondaire dans le réseau catholique où la formation religieuse n’est pas optionnelle. À bon entendeur, salut !

Charles Delhez sj