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On avance !


Charles Delhez sj –

Ceux qui attendaient de ce synode sur la synodalité des décisions retentissantes seront déçus, ceux qui craignent des changements radicaux dans l’Église demeurent inquiets. Mais les choses bougent. On avance !

Le synode est un rassemblement d’évêques mis en place par Paul VI dans la foulée de Vatican II. François a été plus loin : parmi les 365 personnes de cette première session du double synode 2023-2024, on comptait 96 non-évêques, dont 54 femmes. De l’inédit. Une révolution. Lentement, l’Église devient plus égalitaire et se féminise.


S’il faut retenir une image, c’est bien celle de la salle Paul-VI : cet auditoire est devenu un espace de dialogue autour de 35 tables rondes où des baptisés se sont exercés à l’écoute mutuelle. À l’une de ces tables, le pape. Le premier objectif de ce synode est atteint : un changement de fonctionnement ecclésial. On peut espérer que la deuxième session abordera les questions plus concrètes. En attendant, on peut dire que le paquebot est occupé à virer de bord.

Cet événement a été précédé, rappelons-le, d’une vaste consultation de plus d’un an, essentiellement dans le cadre des paroisses. Une nouvelle manière de procéder a vu le jour. On assiste aujourd’hui à l’enclenchement d’une « dynamique par le bas » (Danièle Hervieu-Léger), à partir des baptisés. Et il n’a pas fallu attendre le synode pour le constater. Cela se vérifie dans quantité d’initiatives que l’on appelle notamment « tiers lieux ». On assiste aussi à la naissance d’habitats groupés chrétiens. La question est de savoir comment préserver l’unité dans cette diversité. « Nous n’avons pas besoin d’uniformité, mais d’harmonie », insiste François. Il faudra sans doute commencer par regarder la diversité des continents et accepter que l’Église n’évolue pas au même rythme et de la même façon partout. N'oublions pas que l’Église a basculé au sud, l’Europe est désormais minoritaire. Le pape argentin y est certainement sensible.

Va-t-on vers une démocratie à la manière politique ? Assurément non. L’Église doit garder sa spécificité. Le modèle politique n’est pas transposable à l’Église. Il faut certes adopter des pratiques davantage démocratiques, mais l’Eglise se veut synodale. La règle de la majorité des voix n’est pas sa manière de fonctionner, il s’agit de tendre vers le plus grand consensus[1]. Ainsi, lors du Concile, le document sur l’Église a été voté à 2151 voix contre 5, et sur la liturgie, par 2147 voix contre 4. La démocratie se présente souvent sous forme de débats, plus ou moins houleux. La synodalité est de l’ordre de l’écoute des autres, et surtout de l’Esprit Saint qui parle à travers eux.

Hélas, à l’occasion de ce synode, une agressive contestation s’est fait entendre. C’est un avertissement. Le danger serait d’aller trop vite et de perdre des wagons. Dans une petite vidéo, on peut entendre le pape inviter les chrétiens à prier pour qu’il ait la patience du pasteur. Certains voudraient des conclusions révolutionnaires, mais d’autres ont peur qu’on leur change la religion. Il est toutefois urgent que les choses changent, mais avec prudence. « L’Église doit changer dans sa façon de proposer une vérité qui ne change pas », a pu dire François. Patience et prudence donc. À vouloir aller trop vite, on trébuche avant d’arriver sur le quai de la gare.

[1] Chacun des paragraphes devait atteindre les deux tiers.

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