Migration climatique



Il y a deux mondes, celui de l’abondance et celui de la pauvreté, sinon de la misère. L’un pollue, l’autre en paye le prix. Un milliards d’êtres humains d’un côté, et sept de l’autre. Ce sont ces deux mondes qui se sont affrontés à la COP27. Point positif, un fonds de solidarité a été créé pour soutenir les plus vulnérables aux impacts du réchauffement. Reste encore à voir sa mise en application. Mais hélas, aucune décision sérieuse n’a été prise pour réduire les causes de ce dérèglement. On en est resté au 1,5°, alors que nous fonçons vers le 2,5°.

Cette question climatique entretient un lien étroit avec celle, non moins urgente, de la migration pour cause économique et climatique. Celle-ci ira augmentant. De tous temps, il y a eu des mouvements de populations. Souvent, il s’agissait de peuples envahissant les autres, et nous en avons encore des illustrations aujourd’hui. Il y a eu aussi, soyons honnêtes, la colonisation dont l’Occident était champion. Mais quand on parle de migration, c’est un tout autre phénomène. Ce ne sont pas des femmes, des hommes, des enfants qui nous envahissent. Ils fuient, à leurs risques et périls. Sur les 10 premiers mois de 2022, on compte en moyenne 183 mort par mois , en mer Égée.

Ce qu’ils fuient, ce sont des conditions politiques difficiles, des persécutions, des zones de non-droit, mais aussi, et de plus en plus, la situation climatique qui engendre des conséquences économiques et alimentaires. Chez eux, la hausse des températures, dont les pays riches sont la cause, produit des dégâts irréversibles. C’est donc une question de « justice climatique ».

« On ne peut accueillir toute la misère du monde », est un refrain connu. N’oublions cependant pas que les migrants se déplacent d’abord à l’intérieur de leurs frontières, puis vers les pays voisins, puis seulement vers l’Europe ou ailleurs. Il importe surtout de se rappeler que l’évolution des migrations pour cause économique dépendra de la solidarité manifestée dans la coopération au développement. Si nous voulons garder un certain équilibre dans nos populations, il nous faut travailler en amont et œuvrer en sorte que les candidats à la migration puissent rester chez eux. « Il ne faut pas oublier le droit de ne pas migrer, de permettre à chacun de rester chez lui, rappelle Xavier Dijon. Cela suppose de veiller à l’ordre économique mondial. Et aussi de militer contre les violences dans les autres pays[1]. » Migrer, c’est parfois un mal nécessaire, mais c’est donc bien un mal. Ils y sont forcés.

Trop souvent, hélas, ceux qui sont embauchés par les pays de l’abondance y font un travail dans des conditions d’esclaves. Que l’on pense aux constructions en vue du Mondial au Qatar. « Les besoins fondamentaux des sociétés les plus développées sont satisfaits par des migrants mal payés, alors qu'ils servent de boucs émissaires et sont dénigrés, et que le droit à un travail sûr et décent leur est refusé[2] », a pu dire le Pape François.

Rappelons-nous ses paroles au début de son pontificat, lors de sa visite sur l’île de Lampedusa, le pape François a pu dire : « Demandons au Seigneur la grâce de pleurer sur notre indifférence, sur la cruauté qu’il y a dans le monde, en nous, [et] chez ceux qui dans l’anonymat prennent des décisions socio-économiques qui ouvrent la voie à des drames comme celui-ci[3]… » Ce message n’a hélas rien perdu de son actualité.

Charles Delhez sj

[1] À paraître dans la revue Rivages n°38, janvier-février 2023. [2] Pape François, Un temps pour changer. Conversations avec Austen Ivereigh, Flammarion 2020, p. 170. [3] VIS (Vatican Information Service) du 8 juillet 2013