La COP27 ou le Mondial ?



Que nous faut-il de plus pour ouvrir les yeux ? Les inondations nous avaient alertés et, cette année, la sécheresse et les canicules ont pris le relais. Quant au mois d’octobre, il fut pour le moins étonnant. Sans doute avons-nous dépassé l’étape du déni théorique, mais nous en sommes encore en plein déni pratique.

Savons-nous encore où est le frein ? Aucun signe de ralentissement n’apparaît. Depuis la première convention climat, les énergies fossiles ont crû plus que les alternatives. Ainsi, entre 1995 et 2018, le charbon a augmenté douze fois plus que l’énergie solaire et cinq fois plus que les éoliennes. On est loin du 1,5 à 2° de réchauffement à ne pas dépasser. Nous en sommes déjà à 1,2 et nous serions en route vers le 2,5° depuis le début de l’ère industrielle, lorsque les humains commencèrent à avoir recours massivement au charbon, au gaz, au pétrole.

La conception du progrès que se faisait Condorcet à la fin du 18e siècle nous a amenés à l’extinction des espèces et l’épuisement de la planète. Outre ces dommages, le dérèglement climatique compromet la sécurité alimentaire, augmente les maladies cardio-vasculaires et respiratoires, favorise la diffusion de maladies infectieuses comme la malaria.

Jancovici, ingénieur préoccupé du climat et de l’énergie, est clair : nous avons bâti un système qui n’est stable que dans l’expansion, or la planète est limitée. Emmanuel Macron, en septembre dernier, annonçait la fin de l’ère de l’abondance, le début de la sobriété, ce qui n’a pas fait que des heureux ! Or le dilemme est entre la modération choisie ou la pauvreté subie. L’économiste belge Bruno Colmant n’hésite pas à parler d’une “exploitation narcissique du présent”. L’époque est folle ! On a réussi à attribuer les jeux olympiques d’hiver 2029 à l’Arabie Saoudite, en plein désert !

Il y a deux manières de réagir : une fuite vers l’avant, vers le transhumanisme et tous ses corolaires ou la résilience, c’est-à-dire le choix d’un changement profond. Il s'agit en effet “de changer notre rapport aux autres et à la nature”, estime Jeremy Rifkin, auteur de L’âge de la résilience (Les Liens qui Libèrent, 2022). Ne faudrait-il pas nous adapter à la planète plutôt que l’inverse ? se demande-t-il. L’Humanité, qui vient de franchir le cap des 8 milliards, ne représente que 1% de la biomasse et elle utilise 24 % des productions de notre planète. On nous annonce 44 % en 2050. Espérons que “la rationalité des humains se développera en même temps que l’évolution climatique et que nous pourrons faire face”, réagit Xavier Dijon. “Mais ce n’est pas demain la veille”, ajoute-t-il

Il y a quand même une bonne nouvelle, paradoxale : la rupture de l’Europe avec le gaz russe est arrivée à une vitesse que peu croyaient possible. Elle semble accélérer la transition vers un système énergétique plus durable. Et en voici une autre : L’Europe a décidé la fin de la vente des véhicules thermiques pour 2035. Et encore une : la Belgique a décidé d’introduire l’écocide dans le code pénal.

La COP27 à Charm-el-Cheikh s’achève et bientôt, au Qatar, le coup d’envoi du Mondial sera sifflé. Qui ne voit la contradiction ? Qui se rendra complice de ces aberrations écologiques et sociales en regardant les matchs ? Moi non plus, je ne ferai pas que des heureux. Il y a cependant des incohérences symboliques que l’on ne peut plus se permettre.

Charles Delhez sj