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La chenille aux ailes de papillon


Charles Delhez sj –


Vous croyez en Dieu, croyez donc en la vie ! a-t-on envie de proclamer. Et si vous croyez en la vie, croyez en Dieu ! Christiane Singer, à l’approche de la mort, a pu écrire : « Ne soyez pas déçus que la mort a en apparence vaincu ; ce n’est que l’apparence, la vérité est que tout est VIE, je sors de la vie et j’entre en vie. Ah comme je serre dans mes bras tous ceux que j’ai eu le bonheur de rencontrer sur cette Terre[1] ! »

La foi est espérance, et non pas connaissance. Elle ne dit rien du comment. À propos de l’histoire de la femme qui avait eu sept maris (Luc 20, 27-38), Jésus répond que, là-haut, nous serons comme des anges. Mais qui en a déjà vu ? Cette réponse nous invite à ne pas prendre cette résurrection de manière matérielle. Il ne s’agit pas d’un retour à la vie terrestre, mais d’une re-création, d’une renaissance, d’une transformation inimaginable.

Il y a en effet une rupture profonde entre cette vie-ci et l’autre. Nous serons désormais dans le monde de Dieu, lui qui est non pas matière mais esprit. Les mots de nos catéchismes et de nos credos sont donc trop pauvres pour nous permettre de comprendre. Il est bien difficile au visiteur d’un jardin zoologique d’imaginer ces animaux qu’il voit en cage gambader en pleine liberté.

Rupture, mais aussi continuité. Le mot chair – « Je crois en la résurrection de la chair » – signifie que nous serons accueillis avec toute notre personne, tels que notre histoire terrestre nous aura fait devenir. Le pardon de Dieu y mettra la touche finale. Théodore Monod, cet explorateur protestant, espérait qu’il y ait une autre existence après la vie terrestre « ne serait-ce que pour obtenir le pardon de ceux que j’aurais pu blesser au cours de ma vie par mes actes, mes paroles et mes silences ». Et que dire du pardon de Dieu ?

Nous reverrons-nous ? Oui ! Telle est bien notre espérance. À la lumière de tout l’Évangile, nous sommes invités à parler du ciel en termes de relations et d’amour. L’essentiel de notre vie, ce sont les liens que nous tissons. Rien n’en sera perdu. Le ciel éternisera tous les actes d’amour et de service que les hommes auront accomplis sur cette terre. À la fin de ce film assez célèbre, Ghost, Sam s’en qui s’en va vers l’éternité crie à sa fiancée Molly, encore sur terre : « C’est merveilleux ! L’amour que l’on a en soi, on l’emporte avec soi ! » Et Molly de répondre : « Au revoir ! »

Notre amour terrestre a encore quelque chose d’exclusif. Nous ne pouvons aimer totalement qu’une personne à la fois. Dieu, lui, est capable d'aimer tous ses enfants, de façon unique et totale. Dans le Royaume, nous serons capables d’aimer comme lui. Les liens privilégiés que nous avons tissés au fil du temps demeureront. Mais en même temps, nous pourrons nous ouvrir à tous et aimer chacun. Telle est l'espérance chrétienne. Saint Paul parlait d’un corps spirituel, lieu d’un amour sans frontières.

Y a-t-il une preuve de cet au-delà ? Non, bien sûr, même s’il y en a parfois des signes. Certaines personnes peuvent en témoigner. Et le plus grand, c’est Pâques. Jésus est comme cet oiseau qui, en se blessant au filet dans lequel tous les oiseaux sont emprisonnés, ouvre une brèche par laquelle ils peuvent s’envoler. Il a aimé comme on n’a jamais aimé. Chaque fois que nous aimons comme lui, au moins un peu, l’éternité est commencée et la chenille que nous sommes encore se sent déjà pousser des ailes !

[1] Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage, Albin Michel, 2007, 72.







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