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Jean le Baptiseur


Charles Delhez sj –


Jean Baptiste est le personnage-clé de l’Avent. Décidément, j’aime ce baptiseur en qui Jésus voyait le plus grand des prophètes (Mt 11, 12). Son actualité est criante ! Il clame : Préparez ! il est tourné vers l’avenir. Marc le décrit dans un accoutrement semblable à celui d’Élie, ce prophète de crise au 9e siècle avant Jésus-Christ.

Je ne sais si le monde a jamais été idéal, mais ce n’est certainement pas la première fois qu’il ne va pas bien ! Ambiance de morosité, de désespérance parfois, temps difficile pour la jeunesse, cette étape où pourtant tout devrait sembler possible. 

Tant de voix s’élèvent pour crier « casse-cou ». On parle d’effondrement. Certains ne donnent pas cher de l’avenir de notre civilisation ni même de notre humanité. Il y a aujourd’hui comme un nihilisme qui plane, un scepticisme généralisé, tant individuel que sociétal. Nous tournons à la vitesse de la finance et de la consommation, épuisant nos propres ressources et déséquilibrant l’écosystème. On connaît la litanie. On la récite souvent, étant nous-mêmes à la fois victimes et complices. Nombreuses sont en effet les montagnes que Jean-Baptiste nous invite à abaisser pour que nous puissions voir l’horizon.

Jean Baptiste a pris distance, et de manière radicale. Il ne pouvait plus cautionner le système politico-religieux du Temple, lui qui était pourtant de famille sacerdotale. Il renonce à l’ensemble rituel des sacrifices et autres obligations pour inviter chacun à revenir vers lui-même, à se renouveler, à retrouver l’essentiel. Il a opéré une rupture. Il a quitté la capitale où tout se passe pour gagner le désert où il ne reste que l’essentiel. Il baptise dans ce Jourdain que, jadis, le peuple avait franchi pour entrer dans la Terre promise. Il faut en effet tout reprendre à zéro.

Jean était de la race des prophètes, de ceux qui sentent leur époque, en perçoivent les malaises et en devinent les possibilités de renouveau. Il était du côté de la nouveauté qu’il devinait déjà, même s’il ne pouvait encore la voir. Ce sont des gens comme lui qui permettent à notre humanité d’avancer. 

Les foules venaient à lui car elles entendaient chez lui un langage vrai, une exigence salutaire. Aujourd’hui encore, des prophètes, croyants ou non, font écho à cette voix. Timidement, une mouvance est en train de naître, elle désire prendre une autre direction. Alors que tant sont emportés par les flots qui ne mènent nulle part, des jeunes notamment opèrent une rupture, s’interrogent, se questionnent et interpellent. Ils peinent parfois à trouver leur propre cohérence, mais ils se sont mis en route, comme les habitants de Judée et de Jérusalem. 

Si le Baptiste peut se permettre d’inviter à la conversion, au changement de cap, c’est parce qu’il est habité par une espérance, ce « désespoir surmonté », comme disait Bernanos, cette « passion pour le possible », selon Kierkegaard. Une foi aussi : il viendra après moi et passera devant moi !

Très bien ! Mais l’avenir, c’est pour quand ? Les « douleurs d'enfantement » de ce monde nouveau semblent sans fin. Que puis-je faire pour en hâter l’avènement ? Un passage par le désert, une prise de distance par rapport au système, un temps de lucidité sont nécessaires. Nous disposons tous de l’un ou outre levier. En sommes-nous conscients ? Nous en servons-nous ? Dieu semble tarder à intervenir, il peut sembler absent. En fait, il patiente. C’est nous qui traînons !

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