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Éloge spirituel de l’imperfection

Charles Delhez sj –

Que cela fait du bien ! Un petit livre qui fait l’éloge de l’imperfection[1]. Il nous arrive en effet d’éprouver nos limites jusqu’à l’insoutenable. Le transhumanisme, quant à lui, nous fait rêver d’une perfection fantasmée : nous deviendrons des dieux, mais sans Dieu, bien sûr. Tous les moyens sont alors bons et tous les risques sont courus, quitte à y perdre notre humanité. La petite Bernadette de Lourdes, elle, a découvert une source en grattant la terre boueuse au fond de la grotte. La grâce finit toujours par trouver son chemin, si nous ne la refusons pas en nous croyant déjà parfaits.

Oui, nous sommes limités. Que faire ? Un héros nous donne l’illusion de dépasser l’humanité ; le saint, lui, ne la dépasse pas, il l’assume. « Il suffit de supporter ses imperfections avec douceur, voilà la vraie sainteté ! », écrivait sainte Thérèse de Lisieux. Mais sans oublier d’aimer, car c’est dans ce domaine qu’il faut chercher la véritable perfection.

La recherche de l’excellence peut être dangereuse, voire toxique, prétend Alexia Vidot, l’auteure de ces pages. Elle peut devenir une obsession de performance, de résultat, d’efficacité. Je dois alors jouer à la personne parfaite aux yeux des autres.

Trop souvent aussi, nous confondons la perfection chrétienne et ce perfectionnisme humain qui est finalement pour notre propre gloire. Paul l’avait bien compris. Lui, le pharisien, a renoncé à sa religion de la perfection pour tendre vers le Christ, celui qui s’est abaissé pour nous élever.

« Sauve-toi toi-même », crie le mauvais larron à Jésus. Telle est bien notre tentation : nous sauver nous-mêmes. Le pharisien semblait y avoir réussi, lui qui était parfait au point de se tenir au plus près de Dieu dans le Temple. Quant au publicain, il était en reste. Mais il tenait le bon bout : il s’assumait sous le regard de Dieu. « Je suis pharisienne quand je m’efforce de correspondre à l’idéal de la “bonne chrétienne” selon mes propres critères qu’un gendarme intérieur ne cesse de me rappeler », confie Alexia Vidot. En fait, nous ne sommes ni ange ni bête, mais dans l’entre-deux, entre le ciel et la terre.

Rien d’humain n’est sans défaut. Notre nature est imparfaite, mais elle est belle et bonne, comme nous l’affirme la première page de la Bible, là où Dieu vit que cela était très bon. Anna Arendt, la philosophe qui a tant médité sur la Shoah, estimait que s’il existait un mal extrême, il n’était pas radical. Seul le bien est radical. Le mal existe, mais il n’est ni originel, ni ontologique. En effet, nous avons été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ne tombons ni dans l’optimisme ni dans le pessimisme. Soyons réalistes !

Nos imperfections nous ouvrent à la bonté des autres. « C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramassa, écrit Charles Péguy de sa plume poétique. C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or, celui qui n’est pas tombé ne sera pas ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé. »

Finalement, l’imperfection, c’est plus positif qu’on ne le croit ! C’est elle que Dieu attend que nous lui offrions. Écoutons cette autre poétesse, Marie Noël : « Seigneur ! Voilà que comme un chiffonnier, vous allez ramasser des déchets, des immondices. Qu’en voulez-vous faire, Seigneur ? – Le royaume des cieux. » Le royaume des cieux ! Pas moins !


[1] Alexia Vidot, Éloge spirituel de l’imperfection, Artège 2023.

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