De toute notre patience !


Nous avons appris la patience avec le Covid-19. Nous l’apprenons maintenant en ce temps de guerre où le bruit des canons s’approche de chez nous et où les réfugiés affluent. Le Carême, lui aussi, nous apprend la patience, comme si Pâques se faisait attendre 40 jours.

La patience ! Un des secrets d’une vie pleine et heureuse. « La patience est la clef du Paradis », énonce un proverbe touareg. Et Rainer Maria Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète, n’hésitait pas à dire que « la patience est tout ». Il invitait à regarder l’arbre qui ne hâte pas sa sève et qui attend l’été sans craindre qu’il ne vienne pas ! « La patience obtient tout », proclamait, quant à elle, sainte Thérèse d’Avila.

La patience est une forme de confiance qui rime avec espérance ! Qui dit confiance dit ne pas s’en remettre à ses seules forces, à sa seule capacité de bosser pour changer le monde, mais s’appuyer sur les autres pour faire concourir toutes nos énergies. Je fais ma part, mais les autres font la leur. Je compte sur eux.

Le tisserand nous donne une belle leçon. Jour après jour, sur son métier, il tisse, choisissant les couleurs, croisant les fils par-dessus et par-dessous, faisant des nœuds… Devant les yeux, il n’a qu’un étonnant mélange de fils embrouillés, mais il sait que, de l’autre côté de la tapisserie, apparaît petit à petit une œuvre d’art. Quand il sera arrivé au bout de sa peine, il retournera la toile et, émerveillé, il découvrira ce qu’il avait espéré en tissant avec patience.

« La patience est une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée », écrit Sylvain Tesson, dans La panthère des neiges. La plus oubliée, en effet. Nous vivons et travaillons de to do list en to do list. Chaque matin, sur une petite feuille, nous indiquons tout ce qu’il y aura à faire durant la journée, osant croire que nous y arriverons. Et quel plaisir quand on peut checker un point, en biffer un autre ! Mais quel malheur quand un imprévu ralenti notre course folle, quand quelqu’un vient nous interrompre ! Nous sommes alors incapables d’accueillir les mots de celui ou de celle qui a besoin de se confier ou qui demande un service, ou bien nous le faisons, mais le cœur ailleurs…

La patience, c’est mettre l’humain fragile avant le système et son efficacité. Ne devrait-on pas écrire, entre chaque ligne de notre fameuse liste, le mot « patience » ? L’impatience est un univers quantitatif, elle calcule sans cesse. Celui de la patience est qualitatif, il est perméable à l’imprévu et nous apporte les joies que nous n’avions pas programmées. Le petit grain de sable qui perturbe notre organisation peut être un cadeau. Il suffit parfois de si peu pour nous combler.

Seule la patience nous permettra de vivre dans la sérénité. Elle nous ouvre à la gratitude. Poursuivons le citation de Sylvain Tesson : « [La patience] aide à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invite à s’asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuilles. La patience est la révérence de l’homme à ce qui est donné[1]. »

Vivons, dirait Rilke, comme si l’éternité était devant nous !


Charles Delhez sj

[1] Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Gallimard 2019, p. 161-162.