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Dans les prochaines années…

– Charles Delhez sj –


Notre Église connaît un rapide changement d’époque. Celui-ci s'annonce par des signes qui ne trompent pas: des églises sont désacralisées, la pénurie de prêtres est manifeste, la baisse des vocations, mais aussi de pratiquants est drastique. Sans aucun doute, y aura-t-il de moins en moins de grandes paroisses animées par des prêtres, des diacres ou des laïcs engagés, selon le modèle que nous connaissons encore.

Ne peut-on toutefois espérer pour l'avenir que des équipes de couples, quelques familles, des petites fraternités, un groupe de personnes engagées socialement… se rassemblent plus ou moins régulièrement au nom du Christ pour tisser des liens entre eux, se laisser interpeller par l’Évangile et célébrer la “fraction du pain” en mémoire de ce Jésus dont ils se réclament. Ce sera un tout autre modèle d’Église, plus proche des maisons-églises des premiers siècles, lorsque les chrétiens se rassemblaient dans des habitations privées.

Pourra-t-on alors mettre en place pour elles des ministères adaptés à cette figure ecclésiale? Saura-t-on inventer des nouvelles formes de services communautaires? Ou bien laissera-t-on ces communautés sans eucharistie, interroge Andrea Riccardi, fondateur de Sant'Egidio, grand spécialiste de l’histoire de l’Église ? L'Eucharistie et les sacrements ont en effet une place importante dans la manière catholique de se nourrir de l'Évangile. Il faudra dès lors penser un autre clergé. On parle souvent d’un clergé marié. Notre historien préfère parler d’un clergé adulte, de personnes mûres, avec une solide expérience de vie.

C’est sans doute de ce modèle d’Église que, petit à petit, le futur archevêque de Malines-Bruxelles sera le pasteur. Sa tâche sera de veiller à l'unité de ces petites communautés autour du Christ et d'entretenir le dialogue entre les sensibilités différentes.

Le futur habitant de Malines devra aussi se préparer à avoir une place différente dans l’État belge où les catholiques ne pèsent plus guère dans la balance. Certes, il pourra encore, au nom des croyants catholiques, prendre position sur les grands problèmes de société, mais il n’aura plus la notoriété d’un cardinal Danneels ou d’un cardinal Suenens, des grands d’une autre époque. Il ne sera plus un prince de l’église, mais le berger d’un petit troupeau. C’est l’expérience que les Juifs ont vécue lors de l’exil à Babylone. Les prophètes d’alors parlaient du “petit reste d’Israël”. Il fut à l’origine d’une renaissance.

Non seulement les chrétiens ne sont plus qu’une minorité, mais il y a d’autres religions qui gagnent en importance. Il est à souhaiter que le nouvel évêque soit attentif au dialogue interreligieux. Ces religions pourront alors s'encourager les unes les autres dans cette postmodernité qui ne leur laisse plus beaucoup de place et qui oublie toute transcendance.

Concluons en parlant d’espérance. Celle-ci commence quand on désespère de tout, disait Bernanos. Elle ne se fonde ni sur des chiffres ni sur des œuvres, mais sur “Celui en qui nous avons mis notre confiance” et pour lequel “rien n’est impossible”, rappelait le pape François aux religieux. “Les défis existent pour être relevés”, avait-il écrit dès Evangelii Gaudium, son premier texte majeur. Il poursuivait: “Soyons réalistes, mais sans perdre la joie, l’audace et le dévouement plein d’espérance !

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