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Catholique ou chrétien ?


Charles Delhez sj –

Je suis plus enclin à me dire chrétien que catholique. Catholique est, aux yeux de beaucoup, trop connoté dogmatique et hiérarchique. Chrétien rime mieux avec Évangile ! Pourtant je suis catholique. Je ne désire en rien renier ma famille, celle qui m’a transmis cet Évangile.

Une étude récente[1] a révélé que la moitié des Belges se disaient catholiques. Or, selon le rapport annuel de l’Église catholique (2022), le taux de pratique serait en dessous de 2,5 % de la population. On peut donc s’interroger sur ce qu’on met derrière ce mot de catholique[2] ? Une lignée familiale, une adhésion aux valeurs chrétiennes, des formules dogmatiques ? Comment se situe-t-on par rapport aux prises de position de la hiérarchie ? Plus simplement, on peut se demander ce que ces croyants connaissent de la foi chrétienne ? Ont-ils le désir de la transmettre à leurs enfants ?

La plupart des gens que l’on rencontre et qui se disent croyants se sentent aussitôt obligés d’ajouter « non pratiquants » et de reconnaître leur malaise vis-à-vis de l’institution ecclésiale. Mais il y a plus grave : l’absence habituelle de référence au Christ. On croit qu’il y a quelque chose de plus grand que nous, on fait parfois l’expérience d’une présence. On veut bien admettre que tout ne peut s’expliquer par la simple raison, que l’essentiel est invisible pour les yeux. Le sentiment religieux, en effet, demeure une constante de l’humanité. Être chrétien, cependant, ce n’est pas croire à n’importe quel dieu, mais à celui que Jésus est venu révéler par ses paroles, ses actes, et par sa mort, ce don total de lui-même « pour le salut du monde ». C’est le proclamer vivant aujourd’hui encore. Le fréquente-t-on suffisamment ?

Au regard de cet essentiel, les mots de catholique, orthodoxe ou protestant n’ont plus guère d’importance. De fait, il y a parfois plus de différences entre deux catholiques qu’entre certains catholiques et certains protestants. En ce mois de janvier le pape François nous invite à nous réjouir de la diversité dans l’Église catholique et à dialoguer avec les autres confessions[3].

Je suis donc d’abord chrétien, voulant marcher à la suite de Jésus. Je me veux aussi ouvert aux autres confessions chrétiennes tout en étant fidèle à mon Église. Comment pourrais-je imaginer que celle-ci a épuisé le christianisme et que les autres seraient moins avancées sur ce chemin ?

Il y a urgence à retrouver notre unité, sans nier pour autant la diversité. Chaque petit signe me réjouit donc. En septembre dernier, le chef d’une communauté chrétienne qui n’est pas en communion avec le pape a célébré la messe à St-Paul-hors-les Murs ; c’était la troisième fois qu’une telle communauté célébrait dans une basilique romaine. En août, le président du conseil œcuménique des Églises (dont les catholiques ne font pas partie) a appelé à accélérer le processus visant à permettre aux catholiques de communier dans les églises protestantes et vice versa. Les traditions des différentes confessions chrétiennes, je cite, «  conduisent toutes à l’unique Seigneur Jésus Christ et ne doivent jamais se mettre en avant, mais doivent toujours être comprises comme des portes d’entrée sur le chemin de Jésus Christ ». Nous cherchons tous le même Christ, comme les « rois mages » de l’Épiphanie.


[1] Menée par le sociologue Wim Vandewiele (KULeuven)

[2] Fait remarquer Caroline Sägesser, du CRISP.





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