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Traverser les turbulences conjugales

Charles Delhez sj —

Été, temps des mariages. Ils s’engagent avec enthousiasme, les jouvenceaux, mais savent-ils que la vie de couple n’est pas toujours un long fleuve tranquille ? Il y a des turbulences, plus ou moins fortes : disputes, épreuves et crises.

Les disputes sont quasi inévitables. Souvent pour des détails, des babioles ; parfois, plus sérieuses. Elles concernent l’éducation des enfants, l’usage de l’argent, la gestion de l’agenda, la vie affective, le boulot envahissant… On peut parfois être au bord du précipice, tenté par la violence verbale, psychologique ou physique. Il faudra veiller à garder un peu d’humour. Et même beaucoup ! En manquer, soit dans la manière dont on reçoit les paroles de l’autre, soit dans la manière dont on lui parle, blesse inutilement. Puissent ces disputes ne pas devenir la toile de fond permanente. Certains couples vivent sans cesse dans un climat orageux et tiennent malgré tout bon, mais il y a plus épanouissant.

Une épreuve est une occasion d’aller plus loin, de manifester à l’autre que je l’aime « pour le meilleur et pour le pire » ou, plus exactement pour le meilleur, mais aussi dans les situations les plus difficiles. Aimer, ce n’est pas toujours vivre un dolce farniente, c’est aussi savoir traverser les épreuves de la vie en complicité, avec espérance en l’autre et dans le couple. Le dialogue et le discernement permettront de passer le cap : quelle décision allons-nous prendre ? Quand l’un des deux a des problèmes de santé, des soucis professionnels ou traverse une dépression profonde, c’est le temps de la simple présence attentive, de l’écoute, de la consolation. L’épreuve dépassée, on comprend à quel point ce moment a fait grandir chacun et le couple lui-même. « Les épreuves ne sont pas en mariage le signe qu’il faut clore l’aventure mais souvent, bien au contraire, qu’il devient passionnant de la poursuivre » (Christiane Singer).

Quant à la crise, elle ouvre un questionnement radical : est-ce que je t’aime encore, pouvons-nous continuer ensemble ? Elle peut être due à une incompréhension grandissante, une dérive silencieuse où tout à coup on découvre qu’on n’a plus rien en commun parce qu’on n’a pas entretenu le feu. Les conjoints ont oublié de passer du temps à deux, de prendre soin l'un de l'autre, d’écouter leurs besoins mutuels. Chaque jour, il faut mettre une bûche dans le feu pour qu’il continue à brûler.

Dans l’épreuve, on se bat à deux, dans la crise, parfois causée par une infidélité, on est seul. Tout est remis en question, chacun de son côté. Se faire aider dans un travail de reconstruction est indispensable. Si l’un des deux le refuse, alors tout espoir s’évanouit. Il sera parfois bon que le couple se sépare, au moins provisoirement, pour réfléchir plus sereinement à cette question. Cette prise de distance peut être salutaire. Mais, hélas, il peut être aussi vital de se séparer quand la relation est devenue mortifère.

Que l’on se retrouve ou que l’on se sépare, il n’y a moyen d’en sortir que par le pardon. Sans lui, les blessures restent à vif même si l’on parvient à coexister. Le tissu des relations humaines est fragile et se déchire facilement. Seul le pardon peut le recoudre. Une fois sorti du tunnel, on pourra sans doute se dire : c’est tellement mieux qu’avant ! Cette crise en effet peut nous faire découvrir, certes douloureusement, des horizons insoupçonnés.


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