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La violence est en nous

Charles Delhez sj —




De nos jours la violence sans limite, sauvage, inhumaine, scandaleuse défraie la chronique et nous saute aux yeux. Et une guerre en chasse une autre. Le Moyen Orient nous fait oublier l’invasion de l’Ukraine et encore bien d’autres. Me revient en mémoire cette phrase un peu forte de Marcel Pagnol dans La gloire de mon père : « Je crois que l'homme est naturellement cruel : les enfants et les sauvages en font la preuve chaque jour. » Le verdict est sans appel.

Voici une autre citation : « Il ne faut pas croire [que le mal] s’est imposé à nous venant de l’extérieur ; il n’est pas en dehors de nous, il est à l’intérieur de nous. […] Il faut travailler pour l’expulser. » On croirait entendre Jésus !l s’agit en fait de son contemporain, le philosophe stoïcien Sénèque. Toutes les spiritualités humanistes et les religions vont dans ce sens. Le seul Jihad qui devrait prévaloir, estiment les musulmans éclairés, c’est celui de la transformation intérieure.

Si l’on supprimait la religion, on éviterait bien des guerres, entend-on parfois ! Les chiffres ne le confirment pas. Selon L’encyclopédie des guerres de Philips et Axelrod, du début de ce siècle (2007), seuls 7% des guerres de l’histoire mondiale seraient motivées par la religion, celle-ci étant responsable de seulement 2% des morts. Au 20e siècle, le plus meurtrier de l’histoire, les guerres ont été engendrées par la pathologie nationaliste et idéologique, avec toujours un fond économique. Faut-il rappeler Hitler, Staline, Mao et leurs millions de victimes ?

Certes, les religions peuvent envenimer les conflits, tout bois faisant flèche, mais elles n’en sont que rarement la cause. Elles ont plus souvent été un prétexte, un vernis idéologique. Elles sont une manière facile d’étiqueter les combattants. On raconte qu’à Belfast un homme en interrogeait un autre : « Es-tu protestant ou catholique ? » L’autre bafouille : « En fait, je suis athée – Oui, mais athée protestant ou athée catholique ? »

Que ce soit pour la révolution, la nation ou la religion, les motifs de violence ne manquent pas. Sans parler, bien sûr, de la violence amoureuse, conjugale, familiale ou de celle des bandits de grands chemins. La violence se met dans les armes, dans les gestes, dans le regard, dans les mots, dans les caricatures. Elle est omniprésente, sous bien des formes : que l’on pense aux Corans brûlés ou aux attentats djihadistes, aux dégradations des édifices publics, à la violence économique d’une mondialisation aveugle, à celles infligées à la nature. Les génocides ont traversé l’histoire et sont arrivés aux portes de notre siècle. Ils sont physiques, mais aussi culturels (les Indiens d’Amérique) ou spirituels (les chrétiens d’Orient).

Ne serait-ce pas l’homme qu’il faudrait supprimer ? Mais alors, dirait Hubert Reeves, l’amour et la compassion disparaitraient aussi. Reconnaissons-le, l’homme est porteur de violence et assoiffé de pouvoir. Et tout est prétexte. Le premier pas est d’éradiquer cette violence en soi, de ne plus lui donner droit de cité – fût-ce verbalement – dans nos relations quotidiennes. Etty Hillesum, cette juive morte à Auschwitz, invitait à – je cite –  « défricher en nous-mêmes de vastes clairières de Paix et les étendre de proche en proche, jusqu'à ce que cette Paix irradie vers les autres ».

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