Dans l’Esprit de Pentecôte



Dieu est sans doute un horizon que nous n’atteignons jamais, que nous tentons d’approcher intellectuellement, spirituellement, ou dans la manière dont nous menons notre existence. Mais il est aussi cette voix intérieure qui nous habite, que nous pouvons écouter. C’est l’expérience de l’Esprit Saint. Sans lui, Dieu reste lointain, le Christ est enfoui dans le passé, l’Évangile est lettre morte.

Nous sommes tous, croient les chrétiens, habités par un unique et même Esprit, avec une majuscule. Celui-ci s’entend dans la langue de chacun, il est rassembleur. Relisons le texte de la Pentecôte. « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? », se demandent ces Juifs de toutes les nations, attirés par le bruit de l’événement.

Quand le pape François lance une démarche synodale, il nous invite à être ensemble à l’écoute de cet Esprit. L’Église n’est pas une démocratie, mais une fraternité animée par un esprit de famille qui parle au cœur de chacun. Voilà pourquoi le pape nous invite à mettre au centre de cette démarche l’Esprit Saint à l’écoute duquel nous devons être pour grandir en unité et nous laisser conduire vers la vérité tout entière, comme le disait Jésus au soir du Jeudi saint (Jn 16, 13).

Encore faut-il l’écouter, bien sûr. J’aime raconter à mes scouts cette histoire. Peau rouge et visage pâle traversaient une petite place noire de monde. Soudain, l’Indien s’arrêta. « Chut ! Écoute… — Écoute, mais quoi ? J’entends seulement les voix et les pas des gens. — Et moi, j’entends un criquet, explique l’Indien. — Tu rêves. Il n’y en n’a pas ici ! » Alors Peau rouge s’avança vers une maison et, de la façade, détacha une branche de lierre sur laquelle il y avait un… criquet. « Vous, les Indiens, vous avez vraiment une ouïe plus fine que la nôtre ! — Ce n’est pas vrai. Je vais te le prouver. » Il prit alors dans sa poche une toute petite pièce de monnaie et la laissa tomber. Immédiatement, les passants s’arrêtèrent et regardèrent en direction du bruit. « Le bruit de la pièce n’était pas plus fort que celui du criquet, fit-il observer, et pourtant tout le monde l’a entendu. »

« Que celui qui a des oreilles pour entendre entende », disait Jésus. Oui, mais vers quoi, vers qui tendons-nous l’oreille ? La spiritualité dont on parle tant aujourd’hui est écoute de notre espace intérieur. L’Esprit conspire en nous vers une unité toujours plus grande. En démocratie, chacun cherche à l’emporter dans le débat, à quelques voix près parfois. La démarche synodale est écoute commune de l’Esprit Saint. Il nous mène petit à petit vers un consensus, qui ne nie pas les différences, mais les harmonise.

L’Église, en ces temps difficiles, est appelée à redécouvrir ce qui fut son acte de naissance. Le pape Jean XXIII rêvait d’une nouvelle Pentecôte pour l’Église. Ce fut le concile Vatican II. N’est-il pas un peu oublié ? François fait tout ce qu’il peut pour nous guider dans la fidélité à cet événement majeur du XXe siècle. Il fut audacieux ! Soyons-le !

Charles Delhez sj