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Les dix ans du Pape François



Charles Delhez sj –

13 mars 2013. Voici dix ans. En une apparition à la loggia de Saint-Pierre, un homme a changé le style de la papauté et même de l'Église. Bona sera, et le ton était donné. On ne s'attendait pas à un pape venu de si loin, si différent, tellement aimé mais aussi critiqué, si audacieux parfois et si proche des gens, et surtout des pauvres. Son premier déplacement fut pour les migrants de l'île de Lampedusa, à l'image de ses voyages ultérieurs. Il privilégie toujours les situations difficiles : l'Irak, le Canada, la république démocratique du Congo, le Soudan…

François a donné à la communication son empreinte très personnelle, suscitant parfois de la confusion. Ses improvisations ont pu lui jouer des tours, mais qui ne risque rien n'a rien, dit-on. Les gestes forts n'ont pas manqué. En plein cœur de la pandémie, sa prière solitaire sur la place Saint-Pierre reste gravée dans les mémoires. Et aussi toutes ces rencontres avec les victimes des abus de toutes sortes.

Certains prévoyaient un pontificat bref et nous voilà 10 ans plus tard. Il est trop tôt pour faire un bilan, le pape ne cessant de répéter qu'il ne démissionnera pas, sauf problèmes de santé. Soulignons quand même quelques éléments. Sa priorité aux pauvres, tout d'abord. L'Église est pour eux. Sa réforme de la Curie, ensuite. Il n'y a pas été de main morte, la bousculant notamment dans ses discours. Au sein de l'Église elle-même, il a causé des divisions, prenant clairement parti pour la liturgie de Vatican II et revenant sur une décision de Benoît XVI. C'est que François continue imperturbablement dans la direction prise par le Concile. Mentionnons ses initiatives pour la paix en Ukraine, son dialogue avec les autres Églises et religions, son souci de l'écologie et de la fraternité, sujets de deux encycliques. Une de ses initiatives les plus puissantes est sans doute celle du prochain synode sur la synodalité dans l'Église. Lancer une consultation mondiale quand on est plus d'1 milliard 4 de catholiques est d'une audace incroyable.

Par ailleurs, jamais, me semble-t-il, un pape n'a été aussi critiqué jusque par ses plus proches collaborateurs. Il a cependant suscité l'enthousiasme des foules par sa cordialité, son non-jugement, sa bonhomie à la manière de Jean XXIII, son humour, et son sens des images qui parlent. Il n'empêche, les plus progressistes auraient souhaité des réformes plus radicales, mais ils comprennent que l'immense paquebot ne vire pas si facilement de bord. Les choses avancent cependant. Ainsi, les femmes ont monté en grade à la Curie et peuvent devenir préfète de congrégations romaines. Les plus conservateurs, eux, sont parfois franchement agressifs, parlant de François comme d'un fossoyeur. Il est vrai qu'il a une tout autre vision de l'Église, celle d'un hôpital de campagne, et non celle d'un musée qui conserve jalousement dogmes et principes. "Qui suis-je pour juger ?" est sans doute sa phrase la plus célèbre.

Quels seront les prochains défis ? Le plus grand est sans nul doute de réussir le prochain synode. Il y va de la communion dans l'église, mise à mal par ce pape courageux, mais parfois autoritaire. Il ne faudrait pas oublier non plus la crise des abus spirituels et sexuels dans l'Église, qui est loin d'être terminée et compromet la crédibilité du catholicisme. Concluons comme François termine chacune de ses rencontres, en demandant de prier pour lui.

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