Mettons-nous en chemin !


Synodalité ! Un néologisme que le pape François utilise beaucoup. Il a même lancé un synode sur la synodalité, cet art de faire route ensemble.


Un synode sur la synodalité ! Un serpent qui se mord la queue ? Pas du tout. Les Anglais appellent cela le learning by doing, l’apprentissage par la pratique. “C’est en forgeant qu’on devient forgeron”, dit-on. L’objectif est que la synodalité devienne le style ordinaire de l’Église, en interne comme dans sa relation avec les autres Églises et religions, et avec l’humanité.

Le but n’est donc pas d’amasser de nouveaux textes, mais – je cite le Document préparatoire, citant lui-même le pape François – de “faire germer des rêves, susciter des prophéties et des visions, faire fleurir des espérances, stimuler la confiance, bander les blessures, tisser des relations, ressusciter une aube d’espérance, apprendre l’un de l’autre, et créer un imaginaire positif qui illumine les esprits, réchauffe les cœurs, redonne des forces aux mains”,.

Il ne s’agit donc ni de management ni de démocratie. Dans la démocratie, concept politique, tout vient du peuple, on cherche une majorité pour mettre fin à un débat. Les uns l’emportent et d’autres sont perdants. Dans la synodalité, tout vient de l’Esprit – avec une majuscule. Ce n’est pas un débat, mais un discernement, une écoute commune d’un même Esprit. Le discernement vise un consensus. Tous ne partagent pas la même sensibilité, mais tous ont en commun une même mission, l’annonce du Royaume de Dieu. Chacun désire marcher sur une même voie, celle tracée par le Christ.



Voilà une vision dynamique et non plus statique de l’Église. Il s’agit de marcher, mais dans la communion ! Et dans ce peuple en marche, chacun a sa place, ainsi que le rappelle saint Paul aux Corinthiens en prenant la métaphore du corps dont chacun est membre. Cette notion de synodalité signe la fin du cléricalisme et du système presbytéral, et ouvre la voie vers une fraternité où laïcs et pasteurs sont sur pied d’égalité, ayant besoin les uns de l’autres, même si chacun participe à l’animation du corps de manière différente. “Vous êtes tous frères”, disait Jésus.

Quel défi quand on sait que les catholiques sont un milliard trois cent millions. Et pourtant, pourra-t-on fonctionner autrement que de manière synodale ? L’uniformité tue, contrairement à ce que certains croient. Elle génère une institution pyramidale et cléricale, oubliant l’égale dignité de tous ses membres comme, à la suite de saint Paul, le concile Vatican II l’a rappelé.

Gigantesque puzzle, selon l’expression du cardinal Hollerich. Aucune pièce ne peut en être exclue si l’on veut qu’il soit complet. Cet archevêque de Luxembourg parle d’un “discernement en spirale vers le haut”, qui part des petites communautés et remonte vers le moment synodal romain, alors que nous sommes habitués au mouvement inverse. C’est qu’en effet, disait le théologien Yves Congar, cité par François, “nous ne voulons pas une autre Église, mais une Église différente”. La voie synodale sera un vrai changement de style si chacun joue le jeu ! Il y va de l’avenir de l’Église, pas moins.

Charles Delhez sj