Horreur et stupéfaction


L’horreur, le scandale, la stupéfaction. Quels mots pour dire l’indicible ? Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, en France, la Ciase, a été rendu public ce mardi 5 octobre. Effroyable. Le dossier de 2500 pages, fruit d’un travail de deux ans et demi et de l’audition de près de 250 victimes, nous laisse bouche bée. Il révèle entre 2900 et 3200 pédocriminels parmi les prêtres et les religieux et religieuses, en France, depuis 1950.

Qu’une institution, porteuse depuis 20 siècles d’une bonne nouvelle, bonne nouvelle qui heureusement a survécu à tant de dérapages, ait pu abriter tant de criminels laisse interdits, horrifiés, pour le moins !

« Ce qui est terrible, confesse le président de la commission, Jean-Marc Sauvé, c’est que nous sommes confrontés à une œuvre de mort qui a été perpétrée sinon au nom de Dieu, du moins avec son alibi. Pour les chrétiens, c’est extrêmement douloureux et taraudant. » Oh que oui ! Il ajoute : « Ce que je découvre abîme l’image que j’ai de l’Église mais, en réalité, ne porte sans doute pas atteinte à ma foi. » Faut-il qu’elle soit forte !

La foi demeure l’essentiel. Mais l’Église ? il y a deux solutions, la quitter ou y rester. J’ai choisi la deuxième. Pas par paresse, mais pour la secouer de l’intérieur, sans me prendre pour autant pour un François d’Assise, mais plutôt pour un ami de celui qui doit en souffrir plus que nous, ce Jésus dont Paul disait que nous sommes le corps. Comment comprendre cette « préoccupation malvenue pour la réputation de l’Église », selon la formule du Pape François ? Comment oublier à ce point les victimes ?

Merci à Monsieur Sauvé d’avoir rendu à l’Église – à la demande de celle-ci – cet inestimable service de la vérité. Reconnaissons aussi le courage de l’Église – enfin ! – de regarder la réalité en face. Il faudra maintenant prendre les mesures qui s’imposent. C’est tout le système institutionnel qu’il faut revoir. La commission fait 45 propositions.

Mais avant de contextualiser, de tenter d’expliquer pour mieux réformer, il faut se laisser toucher par le cri des victimes, au nombre de 330.000, si l’on y ajoute celles des laïcs en responsabilité. C’est des victimes qu’il faut, toutes affaires cessantes, se préoccuper. Les témoignages révèlent l’horreur sans nom, l’abîme de détresse que génère ce drame de la pédophilie, pour la victime et pour ses familiers, tous emportés dans une tornade de culpabilité. Pas question de minorer les faits ou de se contenter d’un « il n’y a pas que dans l’Église ». Ces victimes ont besoin d’être écoutées. La compensation financière n’est pas l’essentiel, mais elle est indispensable comme symbole de reconnaissance de leur souffrance et comme réparation.

Quant à la demande de pardon de l’Église, qui suppose la reconnaissance claire de sa culpabilité, puisse-t-elle être faite clairement et entendue. La réponse de la part des victimes, elle, prendra sans doute du temps, car la blessure est ancienne et profonde. La pédophilie est un crime qui blesse à tout jamais.

Charles Delhez sj