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Homélie du dimanche 26 février

Premier dimanche de Carême : Contempler la création


Reprendre en main nos choix[1]



De qui vient cette voix que j'entends ?


Il y a la prière-attitude qui traverse toute ma vie de croyant ; la prière formelle lors de moments précis dans la journée ou la semaine ; la prière-retraite où je m'arrête quelques heures, un jour ou deux, ou même plus. En effet, il est bon, de temps en temps, de faire le point. Tel est le sens du Carême, notamment. Où en suis-je ? Cela mérite un moment long.

  1. Se mettre en présence de Dieu, tout d'abord, lui demander son Esprit.

  2. Être attentif aux sentiments, aux émotions, aux motions qui me traversent de ces temps-ci, à mes réactions aux événements (me rappeler les événements importants de la dernière période).

    1. Quel est mon état général ? Le calme plat, la tempête ou la paix profonde ? Si je suis en tempête, veiller à ne pas prendre une nouvelle décision tant que la mer n'est pas calmée.

    2. Qu'est-ce qui me rend satisfait, profondément, et pourquoi ? S'agit-il d'un plaisir éphémère ou d'une joie profonde qui dure depuis un certain temps ?

    3. Qu'est-ce qui me rend insatisfait ? Une insatisfaction qui dure, qui me plonge dans la tristesse.


Comment distinguer les esprits ? [2]

  • La voix de Dieu n'impose jamais, mais propose, alors que le mauvais esprit est strident, insistant et même monotone, il offre des illusions éblouissantes et des sensations tentantes, mais elles sont éphémères. Il exploite nos peurs et nos soupçons, et nous séduit par la richesse et le prestige.

  • La voix de Dieu parle au présent, et nous aide à aller de l'avant ici et maintenant, elle nous donne de l'espérance. La voix du mauvais esprit nous concentre sur les peurs de l'avenir ou la tristesse du passé.

  • La voix de Dieu ouvre des horizons, alors que l'ennemi te colle au mur. Là où le bon esprit te donne de l'espérance, le mauvais esprit sème la suspicion, l'angoisse et la culpabilisation.

  • Le bon esprit me donne la force d'avancer sur le bon chemin du bien, du service. Le mauvais esprit me referme sur moi-même et me rend rigide et intolérant, triste, craintif et irritable ou encore résigné.


3. D'où me viennent ces pensées, ces émotions, ces sentiments ? Quelle est cette voix qui se fait entendre en moi, celle du serpent de la Genèse, du Satan des tentations au désert ou celle de Celui qui me dit : "Tu es mon enfant bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour." Où tout cela me mène-t-il ?

4. Quel est mon désir le plus profond, par-delà tous ces sentiments de surface ? Qu'est-ce qui me donne une joie durable et profonde quand je regarde vers l'avenir, et non un enthousiasme passager qui satisfait mon ego ?


5. Quelle décision suis-je appelé à prendre ?

a. Persévérer dans la décision que j'avais déjà prise ?

b. Revoir cette décision, la corriger, la préciser, l'abandonner ?

c. En prendre une nouvelle, pour toujours rester en chemin. Qu'est-ce qui me fera ressembler davantage au Christ, sans imitation naïve, sans donquichottisme.



Les signes de la bonne décision [3]

Elle n'a pas été prise sous l'effet de la peur, d'un chantage affectif ou d'une contrainte ; Elle procure une paix qui dure dans le temps, une paix qui apporte harmonie, unité, ferveur, zèle ; Elle donne le sentiment d'être à sa place dans la vie, dans une grande tranquillité d'esprit, et la capacité de pouvoir affronter les difficultés qui se présentent avec une énergie et une force d'âme renouvelées ; Elle laisse libre par rapport à ce qui était décidé, prêt à la remettre en question, voire à y renoncer face à d'éventuels démentis, en essayant d'y trouver un possible enseignement du Seigneur.


Il faut rester vigilant, on peut toujours dévier d'une bonne décision. C'est la dérive silencieuse des marins, quand on perd lentement son cap, degré après degré, sans même s'en apercevoir. On peut aussi être découragé, ne voyant pas immédiatement les résultats, ou étant impressionné par les « dégâts collatéraux », le mauvais grain mêlé au bon grain. Peut aussi survenir une tentation brutale à laquelle je regretterai d'avoir cédé lorsque je ne serai plus sous le coup de son assaut. Régulièrement il faut que je me demande : quel est mon horizon, le but que je poursuis, quelles sont mes objectifs ?

Il est bon de se donner un rythme régulier d'évaluation : quotidien, hebdomadaire, mensuel, annuel ?


Charles Delhez sj, 26 février 2023, 1er dimanche du Carême


Les deux loups

Un vieux Cherokee voulait faire l’enseignement de son petit-fils en lui parlant de ce qu’est la vie.
« Il y a un combat qui se déroule en moi, dit-il au garçon. C’est un combat terrible qui se produit entre deux loups. L’un est mauvais, il n’est que colère, envie, tristesse, regret, avidité, arrogance, auto-apitoiement, culpabilité, ressentiment, sentiment d’infériorité, mensonge, faux orgueil, sentiment de supériorité et ego. Et puis il y a l’autre loup : il est bon, et n’est que joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bonté, bienveillance, empathie, générosité, vérité, compassion et foi. Ce combat terrible se passe aussi en toi, et à l’intérieur de chacun. »
Le petit-fils réfléchit pendant une minute, puis demanda à son grand-père, « Mais grand-père, lequel des deux loups va gagner ? »
Le vieux Cherokee lui répondit simplement : « Celui que tu nourris. »

[1] Ce texte est largement inspiré du pape François des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola.

[2] Inspiré du pape François, Un temps pour changer, Flammarion, 2020, p. 94-95. [3] D'après le pape François, Catéchèses sur le discernement (2022-2023).

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