Homélie du dimanche 19 juin 2022



Nous voilà avec des disciples qui se soucient d’intendance.

Difficile de blâmer leur pragmatisme. Leur interrogation est pleine de bon sens pratique. Comment nourrir 5000 hommes avec seulement 5 pains et 2 poissons ?

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Jésus, lui, poursuit la formation de ses disciples.

Rappelons-nous que peu avant, Jésus les avait envoyés proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. Et selon le texte, ils ont fait le boulot.

Revenus, ils sont à nouveau happés par le quotidien. Mais Jésus leur montre encore une fois le chemin de la Parole. Ils ont 5 pains et 2 poissons. Il va leur montrer que c’est bien assez pour nourrir 5000 personnes. Il n’hésite pas, demande de faire asseoir tout le monde. « Et il prend les cinq pains et les deux poissons, et, lève les yeux au ciel, il prononce la bénédiction sur eux, les rompt et les donne à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangent et ils sont rassasiés. »

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Ainsi, ce qu’il faudrait retenir de ce texte, c’est qu’il n’y a pas de multiplication des pains, mais qu’avec seulement 5 pains et 2 poissons, tout le monde est rassasié et qu’il en reste encore pour tous.

Quelle est donc cette nourriture, quel est donc ce pain qui partagé, rassasie et reste disponible en suffisance pour chacun ?

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Dans ce monde dans lequel Jésus a grandi, le pain est d’abord don de Dieu et fruit du travail de l’homme qui reconnait sa dépendance. Et chez un peuple qui vit en communauté, il est destiné à être partagé et donc rompu. Il est devenu objet cultuel parce qu’Israël a pris l’habitude d’offrir le pain à Dieu pour témoigner de sa reconnaissance envers le Créateur. Et c’est toute la vie humaine qui est offerte.

Mais le pain est aussi comparé à la Parole divine qui est nourriture spirituelle.

Lorsque le Deutéronome évoque le don de la manne, ne dit-il pas que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur (Dt 8.3)

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Demandons-nous alors pourquoi la foule s’était-elle réunie autour de Jésus ? Pour pique-niquer ? Non. Ce n’est pas pour cela qu’ils sont tous venus mais bien pour entendre Jésus parler du Royaume de Dieu. Et c’est ce qu’il va leur donner. Il va les nourrir de la Parole et en profiter pour montrer à ses disciples qu’ils ont d’ores et déjà en suffisance pour faire de même. Ce qu’ils ont leur semble dérisoire pour nourrir tout ce monde mais c’est plus qu’assez aux yeux de Dieu.

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Et nous dans cette histoire ?

Ne sommes-nous pas ces disciples préoccupés du quotidien ? Ne nous manque-t-il pas toujours quelque chose pour faire le boulot ?

Ne sommes-nous pas ces disciples qui, pour préparer le souper, cherchent d’abord une recette sur le net, constatent ensuite que pour préparer des petits pois carottes, il n’y a plus de petits pois à la maison et qu’il ne reste qu’une carotte. C’est une situation, avouons-le, qui a toutes les chances de se conclure par un « ‘y a plus rien à manger, faut faire des courses ».

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Jésus invite ses disciples à porter un autre regard sur leurs placards. Ouvrez les yeux et vous y trouverez largement de quoi nourrir tout le monde aujourd’hui et très probablement demain et peut-être même après-demain, inutile d’appeler le supermarché à l’aide, aurait-il probablement dit à ses disciples, soucieux d’intendance. Il nous invite de même à porter un autre regard sur nos moyens.

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Lorsqu’il dit à ses disciples « Donnez-leur vous-mêmes à manger », il nous tend un miroir. Ne doutez pas de vous, semble-t-il nous dire, dés aujourd’hui, tel que vous êtes, avec les dons reçus, vous êtes capables d’annoncer la Parole à tout le monde. La Parole de Dieu rassasie. Même après son partage, il en reste et il en restera encore pour tous.


Isabelle et Isabelle