50 ans déjà


Peut-on parler de soi ? Point trop n’en faut, assurément. J’y mettrais une condition essentielle : que ce soit pour remercier, pour « rendre grâce », ce qui est d’ailleurs le sens du mot Eucharistie.


Voici 50 ans, je quittais ma famille de sang pour entrer dans une famille spirituelle, la Compagnie de Jésus. Je me sentais appelé à être compagnon de Jésus pour toujours, à entrer en amitié privilégiée avec lui, à me situer dans sa mouvance. Ce chemin a été et est toujours un beau chemin, porteur d’une « vraie vie ». Jésus ne se présente-t-il pas dans l’évangile de Jean comme « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 16, 13 ?). Mon premier merci à ce Dieu qui s’est révélé en Jésus. « Tout cela est tellement humain qu’un Dieu seul peut l’avoir trouvé », disait un livre de prière qui m’a nourri dans les mois qui précédèrent mon entrée chez les Jésuites. Merci à la Compagnie de Jésus de m’avoir aidé, par le compagnonnage communautaire et les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, à découvrir mieux ce Jésus et à entretenir mon amitié avec lui. Il est pour moi celui qui me conduit vers la Source, que les religions appellent Dieu et que lui-même nommait « Père ». Il m’a partagé son Souffle.


Avoir pu rassembler des hommes et des femmes et être témoin d’une Bonne Nouvelle est mon second motif d’action de grâce. Merci à tous ceux qui m’ont fait confiance. Que de moments forts n’avons-nous pas pu vivre lors de baptêmes, de mariages, de funérailles, en pèlerinage à Lourdes, dans les camps scouts, les équipes de foyers et de jeunes, en paroisse, notamment lors des eucharisties dominicales. Merci à tous mes amis qui m’ont accueilli avec mon identité religieuse si particulière.


Plus largement, je voudrais vivre dans la gratitude pour celles et ceux qui, à leur façon, s’engagent au service des autres et d’un monde plus humain, plus fraternel. Il y a tant de manières généreuses de faire vivre notre société, malgré les aléas de la route. Voilà pourquoi j’ai souhaité que ce jour de fête soit placé sous le signe de l’engagement. Après l’évangile et l’homélie, six témoins viendront dire comment ils font de leur vie un don d’eux-mêmes. En les entendant, en mon for intérieur, je me dirai à chaque fois, à la manière de Jésus : « Toi, tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. ». Il n’y a en effet pas que ma manière de s’engager. À chaque fois, on s’approche du Royaume de Dieu. C’est ensemble que nous marchons.


Enfin, ma gratitude va à tous ceux qui ont permis que cette fête soit possible. Merci, merci à eux. Et à vous tous qui êtes là, très nombreux. Ensemble, nous sommes comme un avant-goût, une préfiguration, une parabole de cette fête éternelle pour laquelle nous avons été créés. Oui, nous sommes tous nés pour la joie. Que ce jour, parmi tant d’autres, soit un jour d’allégresse, un temps de jubilation. Que, quel que soit le point où nous en sommes dans notre foi, nous ayons envie de chanter notre gratitude pour la vie qui est cadeau. Et s’il y a un don, il doit bien y avoir un donateur, non ? Gloire à Dieu au plus haut des cieux !


Charles Delhez sj — 26 septembre 2021